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En Colombie, la violence armée domine la campagne à l'approche de la présidentielle
Sur fond de trafic de cocaïne, la violence gagne du terrain en Colombie à l'approche du scrutin présidentiel, dont le premier tour est prévu le 31 mai. Dix ans après l'accord de paix avec les Farc, cette spirale de violences ravive les traumatismes du passé. Dialogue ou affrontement ? Les candidats sont partagés sur l'attitude à adopter face aux groupes armés.
Des soldats patrouillent au lendemain d'une attaque meurtrière contre un poste de police, que les autorités attribuent à une faction dissidente des Farc, à El Carmelo, en Colombie, le 15 septembre 2025. AP - Santiago Saldarriaga

La question sécuritaire s'impose aux 14 candidats qui animent la campagne de la présidentielle colombienne, dont le premier tour est prévu le 31 mai. Car la Colombie traverse la pire vague de violence de la dernière décennie. Un prétendant à la présidence, Miguel Uribe, a été assassiné durant l'été 2025, et une série d'attentats à la bombe a secoué le sud du pays.

Mardi, le sénateur Alexander Lopez a affirmé que son convoi avait été pris pour cible dans le Cauca, bastion de dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc). "Ils ont ouvert le feu, mon véhicule a été ciblé par des tirs", a-t-il raconté à la chaîne Caracol.

Le président colombien, Gustavo Petro, a accusé l'État-major central (EMC), principale dissidence des Farc, d'être responsable de l'attaque. "Le véhicule blindé du sénateur Alexander Lopez a été criblé de balles par le groupe de narcotrafiquants mené par Ivan Mordisco et Marlon", a écrit sur X le chef d'État colombien, dénonçant l'ennemi public n°1 du pays et l'un de ses plus redoutables hommes de main.

Quelques heures plus tôt, six personnes avaient été tuées dans l'attaque d'un convoi officiel dans la région du Catatumbo, près de la frontière vénézuélienne.

Dialogue ou guerre frontale ?

Cette flambée de violences rappelle les années noires des décennies 1980 et 1990, lorsque narcotrafiquants et groupes armés ensanglantaient la vie politique colombienne. Face à cette résurgence de la violence, les candidats s'affrontent sur la manière d'y répondre.

Le favori des sondages, le sénateur de gauche Ivan Cepeda, mise sur la poursuite de la stratégie de dialogue avec les groupes armés entamée par son allié Gustavo Petro, qui quittera la présidence fin août.

En deuxième position dans les enquêtes d'opinion, l'avocat de droite Abelardo de la Espriella propose de mener une guerre frontale contre les organisations criminelles.

Une violence nourrie par le trafic de cocaïne

Dix ans après l'accord de paix historique signé en 2016 avec les Farc, les anciens combattants qui avaient choisi de déposer les armes comptent aujourd'hui parmi les cibles des nouveaux guérilleros et des narcotrafiquants.

En 2016, 13 000 membres des Farc ont adhéré à un accord de paix historique avec l'État, pensant qu'il ramènerait le calme dans les zones du pays où ils avaient combattu.

Mais de nombreux secteurs sont aujourd'hui aux prises avec les groupes armés, qu'il s'agisse de dissidents des ex-Farc, d'anciens paramilitaires ou de cartels. Tous impliqués à un certain degré dans le trafic de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial.

Dans le département du Huila, dans le sud-ouest du pays, les habitants d'Algeciras vivent sous la menace permanente de plusieurs dissidences des ex-Farc qui ont rejeté l'accord de 2016, les défenseurs des droits humains et les ex-combattants y sont constamment harcelés, voire pire.

Depuis l'accord de paix, 492 anciens combattants ayant choisi la paix ont été tués, indique le chef de la mission de vérification de l'ONU, Miroslav Jenca. 

Les groupes criminels ciblent les signataires de paix parce qu'ils les considèrent comme des traîtres, des obstacles, ou bien pour leur expérience – les pressant de les rejoindre s'ils ne veulent pas mourir.

"Ils disent que je sais gérer les chiffres (...) et qu'ils ont besoin de travailler avec moi", raconte un ancien membre des Farc qui était chargé de la logistique dans la guérilla. Il requiert l'anonymat en raison des menaces reçues pour avoir refusé de reprendre les armes.

Dans le village où il vit, personne ne connaît son passé. "J'ai dédié mes plus belles années à la guérilla et je ne veux plus jamais remettre ces bottes-là", dit-il.

Avec AFP