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Mondial 2026 : à l'image d'Haïti, des Petits Poucets en quête d’exploit
Pour la première fois, la Coupe du monde de football va se jouer entre 48 équipes pour une édition inédite à 104 matches. Profitant de cet élargissement, plusieurs sélections vont connaître leur baptême du feu dans un Mondial. Malgré une sévère concurrence, ces petites nations espèrent bien réaliser des performances historiques. Focus sur Curaçao, Haïti, l'Ouzbékistan, la Jordanie et le Cap-Vert.
La Jordanie, Haïti et le Cap Vert font partie des petits pays du Mondial 2026. © Studio graphique FMM

Tout est plus grand en Amérique. L'édition 2026 de la Coupe du Monde sera donc XXL. Quarante-huit équipes se sont qualifiées pour le Mondial organisé conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada. Alors qu'un certain nombre de pays ont l'habitude de participer à cette compétition, plusieurs sélections vont y paraître pour la première fois de leur histoire. Tour d'horizon de ces petites nations qui rêvent de briller en mondiovision.

Curaçao : le plus petit pays

Mondial 2026 : à l'image d'Haïti, des Petits Poucets en quête d’exploit
Leandro Bacuna (à gauche), gardien de but de Curaçao, Eloy Room et Jurien Gaari, réagissent pendant l'hymne national avant leur match amical international de football contre l'Australie à Melbourne, en Australie, le 31 mars 2026. AP - Asanka Brendon Ratnayake

Dans toute l'histoire de la Coupe du Monde, Curaçao est le plus petit pays à avoir jamais participé à la compétition. Avec ses 156 000 habitants, cette petite île néerlandaise, située dans les Petites Antilles, en mer des Caraïbes, fait vraiment figure de Petit Poucet. L'équipe de la "Blue Wave" a réussi cet exploit après un nul ramené de Jamaïque (0-0), qui a envoyé en novembre dernier Curaçao au Mondial. 

État autonome depuis 2010 et la dissolution de la Fédération des Antilles néerlandaises mais appartenant toujours aux Pays-Bas, Curaçao dispose de sa propre Constitution, d'un gouvernement, d'un Premier ministre et d'un Parlement local. Mais tous les joueurs de l'équipe sont nés aux Pays-Bas. Pour compléter le tableau, le sélectionneur n'est autre que Dick Advocaat, célèbre technicien "oranje". Sous sa houlette, ce confetti des Caraïbes est devenu une petite équipe qui monte doucement mais sûrement au sein de la Concacaf, la Confédération d'Amérique du nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes.

Actuellement 82ᵉ au classement Fifa, la sélection, dont le principal fait d'armes avait été jusqu'ici un quart de finale de Gold Cup en 2019, a effectué un parcours sans faute au cours de sa campagne qualificative en étant invaincue en 10 matches (7 victoires, 3 nuls). 

L'équipe ne compte logiquement aucun élément d'envergure, mais ils ont tous été formés aux Pays-Bas et la plupart évoluent en Eredivisie (1re division néerlandaise). Reste à savoir comment Curaçao va survivre au tournoi planétaire. Placée dans le 4e chapeau pour le tirage au sort du 5 décembre à Washington, la Familia Azul, le surnom de la sélection, risque de souffrir au premier tour contre des adversaires d'un tout autre calibre que ceux croisés jusqu'ici durant sa courte existence. La vague bleue va affronter l'Allemagne, quatre fois vainqueur du Mondial, la Côte d'Ivoire, triple championne d'Afrique, et l'Équateur dans le groupe E.

Haïti : une bouffée d'oxygène

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Wilson Isidor (n° 18) d’Haïti célèbre son but avec Oliver Pierre Woodensky (n° 24) lors d’un match amical international contre l’Islande au BMO Field de Toronto (Ontario, Canada), le 31 mars 2026. Getty Images via AFP - VAUGHN RIDLEY

La qualification d'Haïti à la Coupe du monde nord-américaine est une bouffée d'oxygène pour ce petit pays de près de 12 millions d'habitants, le plus pauvre des Amériques, confronté depuis des années à la violence des gangs qui a provoqué une crise humanitaire sans précédent. Cinquante-deux ans après sa dernière participation en 1974 en Allemagne de l'Ouest, la nation reprend espoir.

Haïti a décroché son billet pour le Mondial grâce à sa victoire contre le Nicaragua (2-0) en novembre dernier. Ce moment historique est le fruit d'un travail de fourmi du sélectionneur français Sébastien Migné, qui a bâti une équipe compétitive malgré une crise politique, sécuritaire et humanitaire majeure. Une grande partie de ses joueurs évolue en Europe ou en Amérique du Nord. L'ancien sélectionneur du Congo, du Kenya ou encore de la Guinée équatoriale a notamment séduit plusieurs footballeurs de Ligue 1 comme l'ailier auxerrois Josué Casimir ou l'arrière droit Carlens Arcus du club d'Angers.

Malgré la crise économique, le gouvernement a dégagé début avril une enveloppe de 264 millions de gourdes (1,7 million d'euros) pour l'équipe nationale, comme prime de qualification et comme subvention pour la préparation du Mondial durant lequel Haïti affrontera le Brésil, quintuple champion du monde, le Maroc, demi-finaliste de la dernière Coupe du monde, et l'Écosse dans le groupe C.

Cap-Vert : les mordants Requins bleus

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Les joueurs du Cap-Vert célèbrent un but lors de leur match amical international de football contre le Chili à Auckland, en Nouvelle-Zélande, le vendredi 27 mars 2026. AP - Shane Wenzlick

Le petit archipel situé au large du Sénégal s'est qualifié pour sa première Coupe du Monde en battant l'Eswatini 3 à 0 en novembre dernier. Pour célébrer l'événement, le président de la République, José Maria Neves, avait décrété une journée spéciale durant laquelle les habitants ont pu quitter le travail dès 15 h afin de suivre la rencontre. Avec ses quelque 525 000 habitants, le Cap-Vert, 69e au classement de la Fifa, est devenu le troisième pays le moins peuplé à se qualifier pour un Mondial. La Fédération cap-verdienne de football n'a été rattachée à la Fifa qu'en 1986.

De nombreux joueurs nés à l'étranger de parents ou grands-parents cap-verdiens viennent régulièrement renforcer la sélection nationale, à l'instar des buteurs Livramento, né à Rotterdam, ou Semedo, né à Montfermeil, en banlieue de Paris. Dans la liste annoncée par le sélectionneur Bubista on retrouve sept joueurs évoluant au Portugal. Plusieurs membres de la sélection sont également passés par la Ligue 1 comme Nuno da Costa, Logan Costa et Ryan Mendes, capitaine des Requins bleus et ancien joueur de Lille et du Havre. 

Absents de la dernière CAN organisée au Maroc, les Requins bleus ont bien l'intention de montrer qu'ils n'ont pas peur d'affronter de grosses équipes. Dans le groupe H, ils auront fort à faire contre l'Espagne, championne d'Europe en titre, l'Arabie saoudite et l'Uruguay.

Ouzbékistan : des Loups blancs obstinés

Mondial 2026 : à l'image d'Haïti, des Petits Poucets en quête d’exploit
Eldor Shomurodov (à droite) et Hojimat Erkinov, joueurs ouzbeks, réagissent lors d'un match de qualification pour la Coupe du monde 2026 entre l'Ouzbékistan et le Qatar au stade Milliy de Tachkent, en Ouzbékistan, le mardi 10 juin 2025. AP

Après sept campagnes de qualification infructueuses, l'Ouzbékistan a réussi à décrocher son premier billet pour un Mondial grâce à un match nul (0-0) contre les Émirats arabes unis en juin 2025. Les "Loups blancs", indépendants depuis 1991 et la chute de l’URSS, ont pu compter sur leur sélectionneur Timur Kapadze, mais celui-ci a finalement été remplacé par l'Italien Fabio Cannavaro en vue de la Coupe du monde. L'ancien international, champion du monde avec la Squadra Azzura en 2006, a signé un contrat de deux ans à la tête de l'équipe, tandis que Kapadze, le sélectionneur déchu, sera son adjoint.

Fabio Cannavaro va avoir sous ses ordres le défenseur de Manchester City, passé par le RC Lens, Abdukodir Khusanov et l’attaquant de l’AS Rome, Eldor Shomurodov, capitaine de la sélection. Longtemps perçu comme une nation montante du football en Asie centrale, l’Ouzbékistan a su élever progressivement son niveau de jeu. 

À la pointe de cette équipe, l’Ouzbékistan peut notamment s’appuyer sur Rustam Turdimurodov, jeune attaquant du Pakhtakor Tachkent. Du haut de ses 21 ans, il s’impose déjà comme l’un des visages les plus prometteurs du football ouzbek. Dans le groupe K, les Loups Blancs seront opposés à la Colombie, le Portugal et la République démocratique du Congo. 

Jordanie : réussir malgré les forfaits

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Les joueurs jordaniens posent pour une photo d'équipe avant un match amical international de football entre la Russie et la Jordanie à la Lukoil Arena de Moscou, en Russie, le jeudi 4 septembre 2025. AP - Alexander Mysyakin

Il aura fallu onze tentatives à la Jordanie pour enfin décrocher sa qualification pour un Mondial. En juin 2025, le pays a obtenu son sésame pour la Coupe du Monde 2026 en s'imposant 3-0 contre Oman lors de l'avant-dernière journée des qualifications de la zone asiatique. 

Les Jordaniens sont entraînés par le Marocain Jamal Sellami. Ancien milieu de terrain, il s’est d’abord illustré comme joueur sous les couleurs du Raja Casablanca, avec lequel il a remporté de nombreux titres, avant de poursuivre sa carrière au Besiktas Istanbul. International marocain, Jamal Sellami a également participé au Mondial 1998 en France. En tant qu'entraîneur, il a notamment remporté le Championnat d'Afrique des Nations avec le Maroc en 2018.

Pour préparer la Coupe du Monde 2026, il a convoqué un groupe élargi de 30 joueurs pour deux stages à Amman, en Jordanie, puis en Suisse. Le sélectionneur doit en effet faire à un certain nombre de blessures et ne devrait indiquer sa liste finale que début juin. Il a déjà acté le forfait de quatre titulaires (Al-Naimat, Al-Quraishi, Smeeri, Bamy), mais pourra compter sur le Rennais Mousa Al-Tamari, auteur d'une excellente saison en Ligue 1. Lors du premier tour de la Coupe du monde, les blanc et rouge auront fort à faire contre l'Argentine, championne du monde en titre, l'Algérie et l'Autriche dans le groupe J. 

Avec AFP