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Prisonniers humiliés, nœud coulant exhibé : Ben Gvir, ministre israélien de l'outrance permanente
En publiant une vidéo de militants de la "flottille pour Gaza" à genoux après leur arrestation, Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a provoqué un tollé jusque dans son propre camp. Depuis son arrivée au gouvernement, cette figure de l'extrême droite israélienne multiplie les provocations, entre humiliation de prisonniers, obsession pour la corde de pendu et incursions explosives sur l’esplanade des Mosquées à Jérusalem. 
Photo d'archives – Des policiers israéliens escortent Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, dans la vieille ville de Jérusalem le 26 mai 2025. © Menahem Kahana, AFP

Des militants agenouillés, les mains attachées, le visage plaqué sol. En quelques heures, les images de l'arrestation par Israël d'une nouvelle "flottille pour Gaza", diffusées le 20 mai par Itamar Ben Gvir, ont fait le tour du monde. Sur la vidéo publiée sur sa chaîne Telegram, le ministre israélien de la Sécurité nationale apparaît triomphant. "Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous !", lance-t-il, sur fond d'hymne national, tandis qu'une femme est violemment maintenue au sol.

La séquence a suscité une vague de condamnations internationales. De l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, au Premier ministre Benjamin Netanyahu, contraint de critiquer le comportement de son ministre. Depuis son entrée au gouvernement fin 2022, Itamar Ben Gvir a fait de la provocation un outil politique assumé. Ancien avocat de militants ultranationalistes, il cultive l'image d'un dirigeant sans retenue, qui défie ouvertement les codes diplomatiques et multiplie les démonstrations de force. Retour sur une succession d'outrances soigneusement calculées.

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Prisonniers humiliés, nœud coulant exhibé : Ben Gvir, ministre israélien de l'outrance permanente
© France 24
01:51

Prisonniers exhibés, humiliations filmées

La séquence de la détention des militants étrangers de la flottille s'inscrit dans une longue série de mises en scène humiliantes autour des prisonniers palestiniens. En août 2025, Itamar Ben Gvir avait diffusé une séquence filmée devant la cellule de Marwan Barghouti, figure emblématique de la cause palestinienne emprisonnée depuis 2002 par Israël.

Face caméra, le ministre s'adressait au détenu de 66 ans d'un ton menaçant. "Vous ne nous vaincrez pas [...], ceux qui assassinent nos enfants et nos femmes seront effacés", lançait-il en hébreu à un Marwan Barghouti physiquement affaibli, les traits tirés, le visage émacié.

Lorsque ce dernier tente de répondre, Itamar Ben Gvir l'interrompt brutalement. "Non, vous devez le savoir, et ce, tout au long de l'Histoire", lance-t-il, entouré d'un agent pénitentiaire et de deux autres hommes. Le lendemain, le ministre réitérait ses menaces sur les réseaux sociaux : "Quiconque s'en prend au peuple d'Israël [...] nous l'effacerons. Avec l'aide de Dieu."

Depuis sa prise de fonctions, le ministre de la Sécurité nationale a fait des prisons israéliennes un théâtre politique. Les images qu'il diffuse sur ses réseaux sociaux montrent des détenus palestiniens amaigris, filmés sous la menace dans leurs cellules, contraints de rester allongés face contre terre, tandis que le ministre lui-même multiplie les mises en scène médiatiques, apparaissant parfois en uniforme d'agent pénitentiaire.

Des organisations de défense des droits humains l'accusent d'avoir institutionnalisé une politique de mauvais traitements systématiques envers les détenus palestiniens. Restrictions de l'accès à la nourriture et aux soins, durcissement des conditions de détention et violences auraient considérablement augmenté dans les prisons depuis qu'elles sont sous son autorité. Selon les associations de prisonniers palestiniens, près d'une centaine de détenus sont morts en prison depuis octobre 2023, contre environ 230 entre 1967 et 2023.

Une fascination assumée pour la pendaison

C'est aussi par les symboles qu'Itamar Ben Gvir alimente la controverse, en particulier avec celui du nœud de pendu. Début mai, des images tournées lors d'une fête organisée pour le cinquantième anniversaire du ministre ont provoqué la stupeur. On le voit recevoir un gâteau blanc décoré d'un nœud coulant et de la phrase : "Parfois les rêves deviennent réalité". Offert par son épouse Ayelet Ben Vira, ce gâteau faisait explicitement référence à la loi sur "la peine de mort pour les terroristes" que le ministre défend depuis des mois.

Adopté fin mars, le texte vise implicitement les Palestiniens condamnés pour des attaques meurtrières contre des Israéliens. Au moment du vote, Itamar Ben Gvir avait célébré sa victoire en ouvrant une bouteille de champagne à la Knesset. "Avec l'aide de Dieu, nous tuerons nos ennemis", avait-il déclaré devant les députés.

Lors de sa soirée d'anniversaire, sur un second gâteau, figurait une carte d'Israël intégrant Gaza et la Cisjordanie, encadrée de deux pistolets – symbole de la politique de facilitation du port d'armes qu'il a encouragée après les attaques du 7-Octobre – orné aussi d'un nœud coulant.

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Un symbole devenu un véritable marqueur politique pour le ministre : depuis plusieurs mois, il arbore un pin's en forme de nœud coulant sur sa veste, à chacune de ses apparitions publiques, y compris aux funérailles de l'otage israélien Ran Gvili, en janvier dernier, le dernier enterrement d'un otage du Hamas de l'attaque du 7 octobre 2023

En décembre 2025, son entourage expliquait que cet emblème envoyait "un message clair" : les "terroristes méritent la mort". Itamar Ben Gvir lui-même avait alors ajouté que "la potence n'était pas la seule solution", évoquant aussi "la chaise électrique et l'euthanasie".

Prisonniers humiliés, nœud coulant exhibé : Ben Gvir, ministre israélien de l'outrance permanente
Le ministre israélien Itamar Ben Gvir lors des funérailles de l'otage Ran Gvili, le 28 janvier 2026, à Meitar. © Chaim Goldberg, AFP

L'esplanade des Mosquées, terrain favori de ses provocations

Autre scène privilégiée des démonstrations politiques du ministre : l'esplanade des Mosquées, située dans la vieille ville fortifiée de Jérusalem, l'un des lieux les plus sensibles du Moyen-Orient. Depuis 2023, Itamar Ben Gvir s'y est rendu une quinzaine de fois, clamant "Vive le peuple d'Israël".

Les non-musulmans sont autorisés à s'y rendre à des horaires déterminés, mais pas d'y prier ou d'y afficher des symboles religieux depuis le statu quo en vigueur depuis 1967 et l'annexion de la partie orientale de la ville par Israël. Si le grand rabbinat proscrit l'accès aux fidèles juifs, par crainte de profaner le site, cette interdiction est de plus en plus défiée par des groupes de juifs nationalistes.

"Aujourd'hui, je me sens comme chez moi ici", déclarait Itamar Ben Gvir dans une vidéo tournée sur place en avril. Pour les Palestiniens et la Jordanie – gardienne historique des lieux saints musulmans de Jérusalem – ces visites répétées constituent des provocations délibérées. Connu des juifs sous le nom de mont du Temple, le site abrite la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, troisième lieu saint de l'islam, mais représente aussi l'endroit le plus sacré du judaïsme.

Prisonniers humiliés, nœud coulant exhibé : Ben Gvir, ministre israélien de l'outrance permanente
Photo d'archives – Le ministre israélien Itamar Ben Gvir, entouré de son service de sécurité, s'approche de l'entrée de l'esplanade des Mosquées dans la Vieille ville de Jérusalem, le 13 août 2024. © Ohad Zwigenberg, AP

Itamar Ben Gvir aime y mettre en scène ce qu'il présente comme la "souveraineté israélienne". En août 2024, il avait provoqué un tollé international en pénétrant dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa entouré de quelque 2 250 fidèles juifs nationalistes priant, chantant, et brandissant des drapeaux israéliens, sous protection policière.

Cette stratégie de la tension est au cœur de sa trajectoire politique. Itamar Ben Gvir a forgé sa ligne idéologique radicale dès son plus jeune âge, en militant au sein du mouvement ultra-orthodoxe Kach, fondé par le défunt rabbin Meir Kahane, assassiné à New York en 1990. Ce mouvement est le seul groupe politique israélien à être officiellement classé comme organisation terroriste et interdit à la fois en Israël et aux États-Unis.

Ben Gvir a été inculpé plus de cinquante fois pour incitation à la haine ou à la violence, avant d'être condamné en 2007 pour soutien à une organisation terroriste et incitation au racisme. Il a déjà été sanctionné par le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et la Norvège en raison d'incitations répétées à la violence.

En juillet, la Slovénie est devenue le premier pays de l'Union européenne à déclarer persona non grata Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, accusés de propos "génocidaires" et d'incitation à la violence contre les Palestiniens. Les Pays-Bas puis l'Espagne ont suivi. Jeudi, le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski a demandé au ministère de l'Intérieur d'interdire également son entrée sur le territoire "en raison de ses agissements".