
Le maire de Paris Emmanuel Grégoire, le 29 mars 2026, à l'Hôtel de Ville de Paris. © Julien de Rosa, AFP
Après les promesses, place aux actes. Le scandale des agressions sexuelles dans le périscolaire parisien a marqué la campagne des municipales à Paris. Le nouveau maire de la capitale, Emmanuel Grégoire, entend désormais lutter contre ce fléau en lançant notamment, lundi 18 mai, une convention citoyenne sur la protection et les temps de l’enfant à l’école.
La gravité des faits est sans commune mesure et traduit "un risque systémique et peut-être même une omerta systémique", a reconnu l’édile le 3 avril dans Le Monde. Depuis le début de l’année 2026, 78 agents ont été suspendus dans les écoles maternelles et élémentaires de la capitale, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles sur mineurs.
Un premier procès s'est tenu le 5 mai. Une peine de dix-huit mois de prison avec sursis a été requise à l'encontre d'un animateur de 47 ans, jugé pour harcèlement sexuel sur neuf fillettes et agression sexuelle sur trois d'entre elles. La décision doit être rendue le 16 juin. Un animateur d'une vingtaine d'années a également été mis en examen pour des "gestes de nature sexuelle" sur trois enfants et placé en détention provisoire fin avril, a indiqué, mardi 12 mai, le parquet de Paris.
Face à cette crise, Emmanuel Grégoire a fait de la question du périscolaire la "priorité absolue" de son début de mandat, faisant adopter le 14 avril par le Conseil de Paris un plan d’action à 20 millions d’euros. Celui-ci prévoit une simplification de la chaîne de signalement, avec une cellule d'écoute directement accessible, et promet la "transparence totale" aux familles, en leur remettant "systématiquement" les résultats des enquêtes administratives.
La ville s'engage également à investir "massivement" dans la formation, en ouvrant une "école du périscolaire" pour professionnaliser la filière de l'animation, très précarisée. Et promet le réaménagement d'espaces "sensibles", comme les toilettes, pour éviter qu'un adulte se retrouve seul avec un enfant.
Une convention citoyenne redondante ?
La convention citoyenne sur la protection et les temps de l’enfant à l’école, enfin, doit réunir à partir de lundi 80 parents parisiens qui devront répondre à la question suivante : quelle organisation des temps de l’école pour permettre à tous les enfants d’apprendre et de s’épanouir ?
"Nous sommes vigilants sur les modalités et les finalités de cette convention citoyenne, dont l’enjeu semble davantage être les rythmes scolaires que les violences faites aux enfants", juge auprès de France 24 Florence Gatineau, de la fédération de parents d’élèves FCPE 75. "On a le sentiment que la Ville de Paris a voulu organiser cette convention très rapidement, ce qui n’a pas permis une lisibilité totale de ce qui a été mis en place et alors même qu’elle aurait pu s’appuyer sur la convention citoyenne du CESE [Conseil économique, social et environnemental, NDLR], qui a déjà beaucoup travaillé le sujet."
Lancée au printemps 2025 par Emmanuel Macron, la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a réuni 133 Françaises et Français qui ont rendu leurs propositions le 23 novembre. Leur rapport final proposait notamment d’instaurer cinq jours d’école pleins par semaine, de consacrer les matinées aux cours théoriques et les après-midis aux enseignements plus pratiques et d’alléger les apprentissages et les devoirs à faire à la maison, tout en conservant le même volume de vacances scolaires.
Or, la petite musique d’un possible retour de la semaine de quatre jours à Paris s’installe depuis quelques semaines. Bien qu’il ait fait campagne sur la promesse du maintien des 4,5 jours d’école par semaine, Emmanuel Grégoire a ouvert la porte à un retour aux quatre jours. "Je n’aurai aucun tabou et le premier enjeu de cette convention sera de définir l’organisation de la semaine et de la journée d’école", a-t-il affirmé au Monde le 3 avril.
Vers un retour de la semaine de quatre jours ?
Si le maire de Paris est prêt à évoluer sur la question, c’est parce que la problématique de l’organisation du temps scolaire et des violences dans le périscolaire sont liées.
Depuis 2012 et la réforme des rythmes scolaires mise en place au début du quinquennat de François Hollande, les écoliers parisiens ont classe de 8 h 30 à 16 h 30 les lundis et jeudis, de 8 h 30 à 15 h les mardis et vendredis et de 8 h 30 à 11 h 30 les mercredis. Les temps d’activité périscolaire (TAP) prennent le relais de 15 h à 16 h 30 les mardis et vendredis, permettant aux enfants de s’initier à différentes activités culturelles, scientifiques ou sportives. Ces temps sont en partie assurés par les animateurs du périscolaire, qui ont aussi en charge le temps du déjeuner entre 11 h 30 et 13 h 30, l’étude entre 16 h 30 et 18 h et le centre de loisirs du mercredi après-midi.
Cette organisation et le salaire proposé – entre 600 et 1 800 euros nets – rendent le métier d’animateur peu attractif. Ils sont ainsi 8 500 sur les 12 000 animateurs de la Ville de Paris à être vacataires, tandis que le turnover annuel est estimé à 3 000, selon Le Figaro. Revenir à une semaine de quatre jours et confier la journée complète du mercredi aux animateurs permettrait de leur proposer un temps de travail moins morcelé et donc de recruter de meilleurs profils, tandis que la suppression des TAP entraînerait des économies budgétaires conséquentes.
"Nous ne cautionnons pas cette approche alors que les conclusions de la convention citoyenne du CESE confortent la semaine de 4,5 jours. Bien sûr qu’il faut résoudre le problème de la précarité des animateurs du périscolaire, mais faut-il le faire au détriment des enfants ? Pour nous, les vraies questions sont : est-ce qu’on place les enfants au cœur des débats ? Et quels moyens financiers choisit-on de mettre pour eux ?", interroge Florence Gatineau, de la FCPE 75, qui affirme que "les mesures à prendre pour lutter contre les violences sont connues" et appelle le maire de Paris à prendre "des actions concrètes".
Contactée par France 24, l'équipe d'Emmanuel Grégoire n'était pas disponible pour répondre à nos questions. Le maire de Paris a prévu de s’exprimer lundi, jour du lancement de sa convention citoyenne.
