
Le PDG de Grasset, Olivier Nora, à Paris, le 2 février 2018. © Joel Saget, AFP archives
• Que s'est-il passé dans la maison d'édition Grasset ?
Plusieurs médias ont indiqué, mardi 14 avril, que le PDG de Grasset, Olivier Nora, allait prochainement quitter son poste, quelques semaines après l'annonce de l'arrivée de l'écrivain Boualem Sansal dans cette maison d'édition appartenant au groupe Louis Hachette, détenu par le milliardaire Vincent Bolloré.
Le départ d'Olivier Nora, l'un des éditeurs les plus réputés de Paris, doit être officialisé en fin de semaine, a notamment indiqué Le Canard enchaîné. L'Express a annoncé, pour sa part, qu'Olivier Nora avait été "licencié par Vincent Bolloré".
Hachette a confirmé ce départ dans un communiqué, précisant qu'Olivier Nora allait être remplacé à la tête de la maison d'édition par Jean-Christophe Thiery, PDG de Louis Hachette Group.
Aucune raison n'a été officiellement donnée pour expliquer le départ de cet éditeur respecté. Ni le premier groupe d'édition français ni Olivier Nora n'ont évoqué de lien avec l'embauche récente de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
D'après le communiqué, le PDG de Hachette Livre, Arnaud Lagardère, a tenu "à remercier chaleureusement Olivier Nora, pour son engagement et pour le travail remarquable accompli durant toutes ces années". "Figure du paysage littéraire français, il a toujours œuvré avec grand talent au rayonnement de nos maisons et de nos auteurs et a ainsi joué un rôle déterminant pour installer Hachette Livre comme leader de l'édition en France", a-t-il ajouté.
Le communiqué cite également Olivier Nora, 66 ans, qui se dit "fier d'avoir pu porter les couleurs" de Grasset "en toute indépendance, depuis 26 ans". Il s'était notamment porté garant de l'indépendance de Grasset après le rachat d'Hachette par Vincent Bolloré en 2023.
• Un livre de Boualem Sansal au cœur de la polémique
Olivier Nora et la direction de Hachette "ont fait le constat d'un désaccord" sur l'opportunité de publier le prochain livre de Boualem Sansal consacré à sa détention en Algérie, selon une source proche du dossier interrogée par l'Agence France-Presse (AFP). La direction voulait une publication au mois de juin, tandis que le PDG de Grasset préférait qu'elle ait lieu en novembre prochain.
Le monde de l'édition a été secoué par l'annonce, le 13 mars, du départ de Boualem Sansal de son éditeur historique, Gallimard – qui l'avait soutenu et accompagné lors de son incarcération –, pour rejoindre Grasset.
L'écrivain franco-algérien a annoncé dimanche au Journal du dimanche que son prochain livre, qu'il a présenté comme "un livre de guerre", était "prêt" et pouvait "sortir demain matin".
Boualem Sansal, gracié en novembre par le président algérien après un an de prison, a par ailleurs affirmé samedi qu'il entendait "attaquer en justice" Abdelmadjid Tebboune quand ce serait "le bon moment".
• Des départs d'auteurs et une riposte en préparation
L'éviction d'Olivier Nora a créé beaucoup de remous parmi les auteurs. "Une action commune" était d'ailleurs en préparation pour dénoncer le sort réservé au PDG de Grasset. "La parole individuelle ne suffit pas, il faut agir collectivement", a affirmé à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un membre d'un collectif d'une centaine d'auteurs, qui s'est constitué dans l'urgence et doit se réunir mercredi en fin de journée pour concrétiser sa mobilisation.
Certains auteurs historiques de Grasset ont déjà annoncé leur intention de quitter ce fleuron de l'édition française comptant dans son catalogue Virginie Despentes, Vanessa Springora ou encore Gaël Faye.
"Compte tenu du départ d'Olivier Nora, je quitte Grasset, mon éditeur depuis 40 ans", a ainsi déclaré l'économiste et essayiste Alain Minc, disant souhaiter que "d'autres auteurs (le) rejoignent dans ce mouvement". Pour lui, le départ d'Olivier Nora peut être "interprété comme une mise au pas de cette maison d'édition".
"J'ai toujours dit que si on touchait un cheveu d'Oliver Nora, je partirais de Grasset, et ma position n'a pas changé", a quant à lui déclaré à l'AFP le journaliste et auteur Sorj Chalandon.
L'essayiste Bernard-Henri Lévy a, pour sa part, écrit sur X qu'il "suivrait" Olivier Nora "là où il irait". Avec l'éviction d'Olivier Nora, "c'est la diversité de Grasset, où on trouve des gens de droite comme de gauche, qui est attaquée", a également confié un membre du collectif d'auteurs.
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Accepter Gérer mes choix• Nouveau virage idéologique dans l'édition
Le départ d'Olivier Nora est une nouvelle étape dans la recomposition des maisons contrôlées par Hachette Livre, le numéro un de l'édition française et troisième éditeur mondial, impulsée ces dernières années par Vincent Bolloré.
Arnaud Nourry, son PDG pendant 17 ans, et Sophie de Closets, la patronne de Fayard, étaient notamment partis sur des désaccords avec la nouvelle orientation prise par le groupe.
Depuis, Fayard, traditionnellement réputé pour ses ouvrages d'histoire, a surtout publié les œuvres d'auteurs marqués à droite ou à l'extrême droite comme Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella, ou encore Philippe de Villiers.
Avec AFP
