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Comment le Pakistan a joué un rôle d'intermédiaire dans la trêve entre l'Iran et les États-Unis
À la fois proche de Téhéran et de Washington, le Pakistan a été un intermédiaire crucial pour sécuriser le cessez-le-feu négocié entre l'Iran et les États-Unis. Entendant poursuivre son rôle de tiers de confiance dans le conflit, le Premier ministre pakistanais a déclaré qu'il accueillerait des délégations américaines et iraniennes à Islamabad à partir du 10 avril.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif (à gauche) et le chef de l'armée et maréchal Syed Asim Munir (à droite) posent aux côtés du président américain Donald Trump à la Maison Blanche, à Washington. © Bureau du Premier ministre pakistanais via AFP

Le Pakistan s'est révélé un intermédiaire clé entre l'Iran et les États-Unis en sécurisant un cessez-le-feu temporaire et prévoyant d'accueillir des négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

"Le Pakistan a obtenu l'un de ses plus grands succès diplomatiques depuis des années", a déclaré sur X Michael Kugelman, spécialiste de l'Asie du Sud. "Il a également fait mentir de nombreux sceptiques et détracteurs qui ne pensaient pas qu'il ait la capacité de mener à bien une entreprise aussi complexe et risquée."

"Le Pakistan a de solides atouts, étant le seul pays de la région à entretenir de bonnes relations à la fois avec les États-Unis et l'Iran", a déclaré l'ancien ambassadeur du pays à Téhéran, Asif Durrani.

Des liens historiques

Le Pakistan partage avec l'Iran 900 kilomètres de frontière, de quoi tisser des liens historiques, culturels et religieux profonds. Téhéran a été le premier à reconnaître le Pakistan après son indépendance en 1947. Islamabad a rendu la pareille à la République islamique après la révolution de 1979.

Leur coopération a inclus la lutte contre Moscou pendant l'occupation soviétique de l'Afghanistan. Les deux pays sont aussi préoccupés par les activités de groupes armés transfrontaliers dans la région du Baloutchistan.

La diplomatie pakistanaise représente aussi les intérêts diplomatiques iraniens à Washington, où Téhéran ne dispose pas d'ambassade.

Le Pakistan abrite la deuxième plus grande population musulmane chiite au monde après son voisin.

Proximité entre Munir et Trump

Le puissant chef de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a noué une relation personnelle avec le président américain Donald Trump. Le général s'était rendu à Washington avec Shehbaz Sharif l'an dernier après les hostilités avec l'Inde.

Le Premier ministre avait salué l'intervention "audacieuse et visionnaire" du président américain, tandis qu'Asim Munir défendait les ambitions de ce dernier pour le prix Nobel de la paix, pour avoir empêché une escalade entre deux voisins dotés de l'arme nucléaire.

Le Pakistan connaît l'Iran "mieux que la plupart", a estimé Donald Trump. Leurs relations personnelles ont longtemps contribué à renforcer des liens bilatéraux façonnés par des intérêts stratégiques mouvants.

Même en tant qu'allié majeur non membre de l'Otan dans la "guerre contre le terrorisme", le Pakistan a été accusé par les États-Unis d'abriter des jihadistes responsables d'attaques contre les troupes de la coalition en Afghanistan voisin.

Les relations se sont encore tendues lorsque les troupes américaines ont tué le chef d'Al-Qaïda Oussama ben Laden sur le sol pakistanais en 2011 sans en informer Islamabad. Le Pakistan a été accusé de complicité dans l'hébergement du fugitif, concepteur des attentats du 11 septembre 2001.

Une stature internationale renforcée

Le Pakistan et l'Arabie saoudite ont signé en 2025 un accord stratégique de défense mutuelle, qui a consolidé des liens de longue date mais restreint aussi la marge de manœuvre d'Islamabad dans son soutien à Téhéran.

Le gouvernement Sharif a ménagé Riyad, où le Premier ministre s'est récemment rendu pour des entretiens avec le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Le Pakistan entretient également des liens étroits avec Pékin qui – a indiqué Donald Trump à l'AFP – a contribué à convaincre l'Iran de venir à la table des négociations.

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a accueilli le mois dernier une réunion avec ses homologues d'Arabie saoudite, de Turquie et d'Égypte pour discuter de la désescalade du conflit, puis s'est envolé pour Pékin pour de nouveaux pourparlers.

La Chine, qui est le premier partenaire commercial de l'Iran, s'est ensuite jointe à son allié de longue date en Asie du Sud pour appeler à un plan visant à mettre fin aux combats qui embrasent le Moyen-Orient, déclarant qu'elle soutenait "le rôle unique et important du Pakistan dans l'apaisement de la situation".

La neutralité est importante sur le plan économique pour le Pakistan, qui dépend des importations d'hydrocarbures transitant par le détroit d'Ormuz.

La poursuite des perturbations aurait aggravé l'approvisionnement en carburant, fait grimper les prix et contraint le gouvernement à court d'argent à imposer de nouvelles mesures d'austérité.

Si la guerre venait à une fin durable, cela renforcerait non seulement la stabilité régionale, mais aussi la stature internationale du Pakistan, à un moment où il est engagé dans un conflit armé avec l'Afghanistan voisin et moins d'un an après avoir échangé des frappes avec son grand rival, l'Inde.

L'Iran "plus à l'aise à Islamabad"

Le Premier ministre pakistanais a déclaré qu'il accueillerait des délégations américaines et iraniennes dans la capitale à partir du 10 avril.

"L'Iran se sentira plus à l'aise à Islamabad, c'est pourquoi il a accepté la médiation du Pakistan", explique Asif Durrani, l'ancien ambassadeur, ajoutant que le Pakistan pourrait aider les deux parties à régler les différends en suspens.

Si les pourparlers étaient directs, "alors le Pakistan pourrait aider les parties à peaufiner le langage en cas d'impasse", a-t-il indiqué, ajoutant que des responsables pakistanais pourraient également servir d'intermédiaires si les deux parties refusaient de se rencontrer en face-à-face.

Israël a annoncé soutenir la décision de Donald Trump de suspendre les attaques contre l'Iran, tout en précisant que la trêve n'incluait pas le Liban.

Cette affirmation contredit une annonce faite plus tôt par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans le conflit, qui assurait que le cessez-le-feu s'appliquait "partout, y compris au Liban".

Avec AFP