
De la fumée s'élève du site d'une frappe israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, le 5 avril 2026. © Ibrahim Amro, AFP
Israël a frappé, dimanche 5 avril, le sud de Beyrouth, faisant au moins quatre morts, et soumis sa banlieue sud, bastion du Hezbollah, à un intense pilonnage, tout en menaçant le principal poste-frontière avec la Syrie qui a dû fermer.
Une frappe a visé en milieu de journée un quartier populaire au sud de Beyrouth, selon un photographe de l'AFP, faisant au moins quatre morts et 39 blessés selon un premier bilan du ministère de la Santé.
La frappe s'est produite à proximité de l'hôpital Rafic-Hariri, le plus grand établissement médical public du Liban, d'après une source médicale.
Une équipe de l'AFP a vu une vingtaine de personnes, certaines en pleurs, devant l'entrée de l'hôpital, alors que des ambulances, sirènes hurlantes, transportaient des blessés.
"Nous avons perdu nos maisons, où pouvons-nous aller ?", s'écrie Nancy Hassan, 53 ans, une habitante du quartier visé. "Ma fille qui avait 23 ans a été tuée" lors de la précédente guerre avec Israël, "et aujourd'hui, ses voisines et amies ont été tuées", ajoute-t-elle.
Trois Soudanais ont été tués, ainsi qu'une adolescente de 15 ans, a indiqué à l'AFP le docteur Zakaria Tawbé, directeur adjoint de l'hôpital, où sont soignés 31 des blessés.
"La frappe a été très violente" et des "malades ont fait des crises de panique", raconte-t-il, ajoutant que l'établissement n'a subi que des dégâts mineurs.
"Ils ont frappé une zone totalement civile, il y a surtout des migrants, des Soudanais... Les gens étaient chez eux, et ils les ont frappés. C'est ça leurs objectifs militaires ?", s'insurge Abou Qassem, un habitant du quartier.
Une autre frappe, précédée d'un avertissement, a visé un quartier proche, selon un photographe de l'AFP.
Les frappes israéliennes ont fait 1 461 tués et 4 430 blessés depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale début mars, et plus d'un million de déplacés.
L'aviation israélienne, qui a survolé la capitale à basse altitude, a également mené huit frappes sur la banlieue sud de Beyrouth, désertée par une grande partie de ses habitants et dont s'élevaient d'épaisses colonnes de fumée.
L'armée israélienne avait annoncé avoir lancé des frappes à Beyrouth "sur des infrastructures du Hezbollah".
Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars lorsque le Hezbollah a tiré des roquettes sur Israël pour venger l'attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.
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Poste-frontière fermé
Ces frappes interviennent alors que le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie a fermé après des menaces israéliennes de le viser samedi soir. Israël l'avait déjà bombardé en 2024 lors de sa précédente guerre contre le Hezbollah.
L'armée israélienne a affirmé qu'il était utilisé par le mouvement pro-iranien "pour faire passer clandestinement du matériel de combat", alors que le nouveau pouvoir syrien est résolument hostile à la formation chiite et l'a privé de ses routes d'approvisionnement.
"Cette menace ne repose sur aucun fondement réel, et fait partie de la stratégie d'Israël d'accroître la pression sur le gouvernement libanais pour qu'il désarme le Hezbollah", a affirmé à l'AFP l'expert militaire Hassan Jouni.
Famille décimée
Dans le sud du pays, où l'aviation israélienne a continué ses frappes, six membres d'une même famille ont été tués dans la localité de Kfar Hatta. Ils n'avaient pas pu évacuer à temps, malgré un avertissement.
L'armée israélienne avait ordonné samedi soir l'évacuation des habitants de ce village à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière.
Mais cette famille, déjà déplacée d'un village plus au sud et sans moyen de transport, attendait un proche venu les évacuer, selon la Défense civile. L'homme a également été tué, portant le bilan à sept morts, dont une fillette de quatre ans.
Alors que l'armée israélienne progresse dans la zone frontalière du sud, provoquant de larges destructions sur son passage, le président libanais Joseph Aoun a renouvelé son appel à des négociations directes avec Israël pour éviter que le sud du pays ne devienne "un nouveau Gaza".
"Pourquoi ne pas négocier pour arrêter ces tragédies (...) sauver ce qui reste de maisons qui n'ont pas encore été détruites ?", a-t-il dit dans un discours.
Avec AFP
