
Un agent de la Drug Enforcement Administration (DEA) se prépare à participer à l'arrestation d'un trafiquant de drogue présumé du CJNG, le 11 mars 2020 à Diamond Bar, en Californie. © Richard Vogel, AP
L'armée mexicaine a abattu, dimanche 22 février, le baron de la drogue Nemesio Oseguera, alias "El Mencho", chef du puissant cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), pour lequel les États-Unis offraient une récompense de 15 millions de dollars.
Le CJNG a réagi violemment en bloquant des routes et en incendiant des véhicules dans son fief de Jalisco tout comme dans d'autres États du pays, où des hommes armés ont mis le feu à des commerces et semé la terreur parmi la population.
Une riposte qui a mis en évidence le pouvoir tentaculaire du cartel.
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Drogue, extorsion, trafic d'êtres humains, massacres...
Nemesio Oseguera a fondé en 2009 ce cartel, devenu selon les experts une des organisations de trafic de drogue les plus puissantes du Mexique, devant le cartel de Sinaola.
Selon Washington, le CJNG est l'un des principaux responsables du trafic d'héroïne, de cocaïne, de méthamphétamine et de fentanyl vers les États-Unis.
"C'est certainement l'une des organisations les plus puissantes du Mexique en termes de capacité militaire, de capacité de recrutement et d'armement", résume pour l'AFP David Mora, expert du centre d'analyse Crisis Group.
Les activités du CJNG se sont étendues à d'autres activités criminelles telles que l'extorsion, le vol d'essence et le trafic d'êtres humains, selon l'agence antidrogue américaine (DEA), des délits qui lui rapportent d'importants revenus.
Le CJNG se caractérise par sa "volonté constante de défier le gouvernement mexicain", relève David Mora.
Il a souvent diffusé des images de ses tueurs à gages exhibant armes et véhicules blindés, et a tenté en 2020 d'assassiner l'actuel secrétaire à la Sécurité publique, Omar Garcia Harfuch, alors qu'il était chef de la police dans la capitale.
Le cartel, d'une extrême violence et qui a multiplié les massacres, a également été accusé de l'assassinat, en novembre, du maire d'Uruapan, Carlos Manzo.
La réaction du cartel, preuve de sa puissance dans tout le pays
La réaction qui a suivi la mort d'"El Mencho" atteste de la puissance du cartel au Mexique.
Les barrages routiers et les incendies de magasins et d'entreprises ont touché jusqu'à la station balnéaire de Puerto Vallarta, à l'État du Michoacan et aux États de Puebla (centre), Sinaloa (nord-ouest), Guanajuato (centre) et Guerrero (sud).
"Ce que nous avons vu aujourd'hui est juste une démonstration des endroits où ils opèrent et où ils peuvent propager la violence", explique David Mora.
Pour l'analyste en sécurité nationale Gerardo Rodriguez, les autorités avaient anticipé une réaction, mais "n'avaient pas prévu qu'elle aurait une portée nationale" avec l'activation de cellules apparentées dans tout le pays.
Toutefois, l'élimination d'"El Mencho" est un succès, d'autant que le cartel n'a pas pu empêcher que son corps soit transféré par les autorités à Mexico, souligne cet expert.
"En termes tactiques opérationnels, c'est une opération très réussie du gouvernement", pointe-t-il.
Quel avenir pour le cartel décapité ?
"El Mencho" était un chef criminel dans la veine de Joaquin "Chapo" Guzman et d'Ismael "El Mayo" Zambada, emprisonnés aux États-Unis. Il était omniprésent au sein du CJNG et n'avait pas de successeurs évidents.
Son fils aîné, connu sous le nom de "El Menchito", a été condamné à la prison à perpétuité aux États-Unis en 2025.
Les scénarios possibles sont que le cartel continue de faire des affaires sans son chef ou qu'il sombre dans une guerre interne pour sa direction.
D'après David Mora, "en l'absence de succession directe, il se crée un vide de pouvoir qui ouvre la possibilité de réaménagements violents au sein de l'organisation".
Le Jalisco Nueva Generación avait précisément pris son essor grâce à l'affaiblissement du cartel de Sinaloa, miné par des guerres intestines, selon les experts.
Avec AFP
