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Élections de mi-mandat : les républicains de Virginie croient en une "vague rouge"

À quelques jours des élections de mi-mandat aux États-Unis, les républicains espèrent voir une "vague rouge" déferler au Congrès. Ils misent sur le basculement de districts démocrates modérés, comme en Virginie où la candidate à la Chambre des représentants Yesli Vega compte bien l'emporter le 8 novembre.

"Vous la sentez arriver, la vague rouge ?" Cette question, Glenn Youngkin la répète en boucle de meeting en meeting ces derniers temps. Et à quelques jours des élections américaines de mi-mandat, le gouverneur républicain de Virginie croit dur comme fer que son parti, dont la couleur est - vous l'aurez deviné - le rouge - peut reprendre le contrôle du Congrès.

Glenn Youngkin y croit car sa propre élection, l'année dernière, dans un État qui avait voté pour Joe Biden en 2020, a été une claque pour les démocrates, qui ont alors réalisé combien les 'midterms' s'annonçaient difficiles. Selon les derniers sondages, les républicains devraient retrouver la majorité à la Chambre des représentants. Le sort du Sénat semble plus incertain. "C'est exactement comme l'an passé. La même vague rouge qui a renversé l'État de Virginie est en train de parcourir le pays. Une vague rouge qui est devenue un mouvement", assure celui qui a fait de son veston pourpre, comme Donald Trump et sa casquette rouge, un signe de reconnaissance politique.

Élections de mi-mandat : les républicains de Virginie croient en une "vague rouge"

Pour Glenn Youngkin, le meilleur symbole de ce petit tsunami serait que la candidate qu'il est venu soutenir ce samedi 5 novembre, Yesli Vega, soit élue à la Chambre basse. "Cette vague rouge va amener Yesli Vega sur une planche de surf jusqu'à Washington", mime-t-il à la foule. Nous sommes à Fredericksburg, dans le 7e district de Virginie, une zone à la fois périurbaine et rurale qui penche plutôt côté démocrate. La représentante actuelle, Abigail Spangerber, est ce qu'on appelle une "blue dog democrat", c'est-à-dire une démocrate modérée qui n'hésite pas à collaborer avec l'opposition sur certains sujets. Elle faisait la course en tête mais ces dernières semaines, Yesli Vega a repris du terrain : aujourd'hui, les deux femmes sont au coude-à-coude dans les sondages.

Inflation et criminalité, combo gagnant

À 37 ans, Yesli Vega a le ton bagarreur, le verbe acéré et la formule empruntée à l'idole républicaine Ronald Reagan : "Si vous n'arrivez pas à leur faire voir la lumière, faites-leur sentir la chaleur !", crie-t-elle de bon matin. "Les gens me demandent souvent : 'Qu'est-ce vous prévoyez de faire différemment pour réparer les dégâts de Biden, Pelosi et Spanberger ?' Eh bien, la recette est simple : je vais faire l'exact inverse de ce qu'il ont fait !", lance la candidate aux quelques dizaines de personnes du public à qui elle demande de ne pas oublier d'aller voter. "Nous devons reprendre le contrôle de ce pays, il le faut. Il le faut !"

Élections de mi-mandat : les républicains de Virginie croient en une "vague rouge"

À l'image des autres candidats républicains, Yesli Vega, une ancienne policière, a recentré son message sur l'inflation et la criminalité ces dernières semaines. "Tout le monde a du mal à joindre les deux bouts en ce moment. Si je suis capable d'avoir une conversation difficile avec mon mari au sujet du budget de notre famille, alors les électeurs du 7e district de Virginie devraient en attendre autant de leurs dirigeants."

Des sujets qui figurent parmi les premières priorités des électeurs. "Il suffit de faire un plein d'essence pour se rendre compte que nos dollars ne nous permettent plus d'acheter autant qu'avant", constate Tim Carnahan, 41 ans, venu écouter la candidate avec sa femme et son fils. "Il faut qu'on règle ce problème. Or l'administration actuelle ne le fait pas. J'espère que des élus comme Vega aideront."

Pour Stu Cameron, c'est l'insécurité qui pose problème. "La criminalité est hors de contrôle. On libère des criminels dans les rues qui commettent encore plus de crimes. On lit des histoires de fusillades, de gens poussés dans le métro dans les villes, de commerces pillés…". Cet homme de 75 ans admet que sa communauté en Virginie est plutôt épargnée par les violences. "Ce n'est pas comme dans les centres urbains, là où les démocrates sont au pouvoir : Chicago, New York, Los Angeles, Seattle…"

Le thème de l'avortement en sourdine

Pour d'autres, ce sont les valeurs traditionnelles qu'il faut défendre face aux idées progressistes. "Notre pays va tellement droit dans le mur, il faut qu'il redevienne comme avant. Il a été fondé sur Dieu. Or, de Dieu, il ne reste pas grand chose", regrette Kimberly Shaffey, 37 ans. Pour elle, il est important de respecter le droit de posséder des armes à feu, comme le prévoit le second amendement de la Constitution : "Si vous retirez les armes, la criminalité augmente, car les voyous n'en ont rien à faire, de la loi." Le premier amendement, sur la liberté d'expression, est aussi crucial à ses yeux : "Je dois pouvoir dire quelque chose sans que quelqu'un s'en offense."

Ce qui ne va pas dans le pays selon elle ? "La 'Critical Race Theory' (un concept vivement dénoncé par Glenn Youngkin pendant sa campagne pour le poste de gouverneur, et qui désigne l'étude de l'impact des inégalités raciales dans le fonctionnement des institutions, NDLR), les mouvements transgenres… Pardon si je ne suis pas très politiquement correcte, mais essayez de me convaincre que vous êtes une femme, même si vous êtes née homme !" En haut de sa liste, Kimberly Shaffey place l'avortement, qui ne devrait pas être permis selon elle car "Dieu nous a tous créés avec l'intention de nous voir ici".

Yesli Vega fait partie des candidats très à droite du Parti républicain, parfois surnommés les candidats "MAGA" pour "Make America Great Again", le slogan de Donald Trump à qui elle a d'ailleurs emprunté la chanson "Macho Man" pour chauffer la salle avant les meetings. Elle aussi affiche fièrement ses valeurs conservatrices et sa foi : "Je crois dur comme fer que nous avons été appelés pour ce moment. Dieu est avec nous depuis le début et il le restera jusqu'à la fin."

Pourtant, lors du meeting de Fredericksburg, organisé de bon matin sur le parking d'une église, Yesli Vega s'est bien gardée d'aborder le terrain miné de l'avortement afin de ne pas rebuter les plus modérés des conservateurs. Depuis l'annulation, en juin par la Cour suprême, de sa légalisation au niveau fédéral, les démocrates ont fait des droits reproductifs leur cheval de bataille et n'hésitent pas à attaquer les positions de leurs rivaux sur la question. La représentante démocrate sortante du 7e district de Virginie, Abigail Spanberger, qui se représente, a ainsi accusé Yesli Vega d'avoir suggéré qu'une femme pouvait moins facilement tomber enceinte après un viol.

Durant l'été, à la suite du choc de la décision de la Cour suprême, la gauche est remontée dans les sondages : l'énergie semblait de retour, en particulier chez les femmes et les indépendants. Mais dès la mi-octobre, les signes d'une "vague rouge" ont repris de plus belle. Si bien que sur la dernière ligne droite de la campagne, la droite veut croire à un raz-de-marée.

La diversité, une piste pour 2024 ?

Parmi les signes encourageants : le ralliement croissant d'électeurs latinos à la cause républicaine. "Beaucoup de Latinos sont naturellement conservateurs en raison de leurs liens avec la religion catholique, même si la deuxième génération est plus progressiste", explique Brenda Bererra. Cette jeune femme, qui a voté pour Joe Biden en 2020, n'a pas encore tranché entre Abigail Spangerber et Yesli Vega, mais se dit intéressée par le fait que la candidate républicaine partage la même culture qu'elle.

Élections de mi-mandat : les républicains de Virginie croient en une "vague rouge"

Sur la petite scène décorée de mini citrouilles et de bottes de paille, Glenn Youngkin ne manque pas de souligner les origines salvadoriennes de Yesli Vega. "Nous allons élire la première hispanique de Virginie au Congrès", se félicite-t-il. Avec une diversité sans précédent parmi ses candidats, le Parti républicain, dont le gros de l'électorat reste blanc, entend montrer que les démocrates n'ont pas le monopole de la diversité. Et compte bien explorer davantage cette piste pour alimenter une autre "vague rouge"… en 2024.