
Le président français prononcera un discours sur l'égalité des chances à l'École polytechnique, que le chef de l'État entend ouvrir à des jeunes issus de quartiers difficiles. Comme l'a déjà fait l'Institut d'études politiques de Paris.
Reuters - Porté par le souffle Obama, Nicolas Sarkozy entend donner une nouvelle impulsion à l'"affirmative action" à la française, mais sa quête de la diversité se heurte immanquablement au principe de l'égalité inscrit dans le marbre de la Constitution.
Soucieux d'ancrer à nouveau son action dans le magma hexagonal après l'épreuve du feu européenne, le chef de l'Etat, qui a affronté les violences urbaines de 2005 au ministère de l'Intérieur, n'ignore pas non plus les risques d'implosion que porte le malaise social actuel.
"Les émeutes en Grèce viennent nous rappeler combien le mécontentement peut rapidement se muer en violences que nul ne peut souhaiter à notre pays", souligne sur son "blog" Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN).
Le président français doit prononcer mercredi un discours sur "l'égalité réelle des chances et la promotion de la diversité" à l'Ecole polytechnique, près de Paris - l'"X", symbole de l'élite française qu'il souhaite ouvrir plus largement aux minorités. Il aura reçu auparavant le rapport de Simone Veil sur la Constitution française.
Généralisation du CV anonyme
Nicolas Sarkozy devrait notamment annoncer l'obligation pour les classes préparatoires aux grandes écoles d'accueillir 30% d'élèves boursiers, croit savoir le quotidien La Croix à paraître mercredi.
Il devrait aussi fixer une obligation de résultats aux partis politiques, lesquels seront tenus de dresser un bilan annuel au risque, s'ils ne respectent pas cette contrainte, de perdre une partie de leurs subventions publiques.
Dans le domaine de l'entreprise, "le chef de l'Etat souhaite que des efforts soient faits pour généraliser le CV anonyme", ajoute le quotidien.
Le 8 janvier, Nicolas Sarkozy avait annoncé son intention d'amender le préambule de la Constitution de la Ve République pour y intégrer "les nouveaux droits que notre époque appelle", notamment le respect et la promotion de la diversité.
"Si, pour des raisons ethniques, la diversité ne peut se définir sur une base ethnique, elle doit néanmoins refléter la richesse de notre société à tous les niveaux de responsabilité", soulignait le chef de l'Etat.
Fonction publique, grandes administrations centrales, collectivités locales, télévision, Education nationale représentent pour Nicolas Sarkozy les creusets de l'"action positive" qu'il refuse d'assimiler à des quotas.
Dans le domaine de l'éducation, l'institut de Sciences politiques de Paris a montré la voie en réservant des places dans ses filières à des jeunes issus de quartiers difficiles.
"Oui, nous pouvons"
"Bien sûr que Barack Obama a été élu parce qu'il était le meilleur, mais en plus il est porteur de sa propre histoire", justifiait récemment Nicolas Sarkozy.
L'ancienne ministre centriste Simone Veil a mené les travaux d'un comité de réflexion sur la Constitution composé de parlementaires, juristes, intellectuels, scientifiques et membres de la société civile.
Le rapport, attendu initialement fin juin, sera en deçà des attentes de l'Elysée, dit-on de source proche du comité.
Il devrait en effet réaffirmer le caractère intangible du principe constitutionnel d'égalité qui fait obstacle à la "discrimination positive", politique née dans les années 1960 aux Etats-Unis et qui a consisté à rendre obligatoire l'accession des Noirs aux universités et à certains emplois.
Nicolas Sarkozy a brisé le tabou en 2004 en nommant préfet du Jura Aïssa Dermouche, d'origine algérienne.
Récemment, Pierre N'Gahane, d'origine camerounaise, et Nacer Meddah, d'origine algérienne, ont été respectivement nommés préfets des Alpes de Haute-Provence et de Seine-Saint-Denis.
Mais l'aura de Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade, ministres emblématiques de la diversité, s'estompe. Le "plan banlieues" de la secrétaire d'Etat à la politique de la ville piétine, la ministre de la Justice et la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme semblent en délicatesse avec l'Elysée.
Dans la perspective des élections européennes de juin 2009 et des éventuelles régionales du printemps 2010, un manifeste intitulé "Oui, nous pouvons!", en référence au slogan de campagne de Barack Obama "Yes we can", réclame notamment "un pacte national de la diversité" pour en finir avec des listes électorales monocolores.
L'UMP est fortement incitée à montrer l'exemple à l'occasion de son conseil national du 24 janvier, quatre jours après l'entrée en fonction de Barack Obama.
"Nicolas Sarkozy aime surprendre", glisse un ministre. "Rama Yade candidate à l'élection présidentielle de 2017, ça aurait de la gueule, non?"